mardi 29 juillet 2008
Je vais bien ; ca me déprime...
Eurêka, je crois que je viens de toucher la clé du mystère !
Désolé, je ne parle pas du mystère des femmes (celui-ci reste entier) mais de celui des Suédois. J'entends par "Suédois", leur état d'esprit. Qu'est-ce qui fait qu'ils agissent comme ils le font, comment arrivent-ils à dégager ces émotions dans leur musique, pourquoi se réservent-ils autant dans la vie de tous les jours ?
Je ne l'ai pas fait exprès, et comme toutes les grandes découvertes, la théorie à laquelle je suis arrivé ce matin m'est venue alors que je ne travaillais même pas dessus. Je vous plante le décor :
Ce matin, réveil glandeur (alors que je suis encore censé aller travailler). Il fait beau, un peu plus frais que la veille, ce qui n'est pas pour me déplaire à vrai dire ; les oiseaux chantent. Au petit déjeuner, le café peine à me faire décoller les paupières. Le chat affalé sur sa carpette sur le sol de la cuisine me donne une flemme digne d'un Gaston Lagaffe dans un mauvais jour. Après une toilette laborieuse, un habillage sommaire, je pars au travail avec mon baladeur sur les oreilles. J'écoute "Deliverance" de Opeth, ce matin. Au long de cette écoute, je regarde autour de moi, je pense, je ressens (ouh là là, le mot est lâché).
Ça ne vous est jamais arrivé d'être totalement en phase avec ce que vous écoutez ? Et bien là, c'était mon tour d'être en phase. Comme si mes pensées transpiraient par les écouteurs et me revenaient à l'oreille : c'est ce que les physiciens appelleraient "phénomène de résonance".
Le fait est que je suis las, je n'ai envie de rien, je suis fainéant en ce moment. Je sais que je dois me bouger, mais je ne le fais pas. Le seul truc qui m'a traversé l'esprit ce matin, c'est la vision du coup de boule violemment asséné sur le nez, que je pourrais mettre à quelqu'un qui m'emmerderait. Cette pensée fut le seul influx nerveux qui me traversa ce matin. Je suis fatigué, j'ai trop chaud, j'ai besoin de retourner en France (ne serait-ce qu'un peu).
Pourtant, tout va pour le mieux en ce moment et depuis pas mal de temps d'ailleurs. Des gens qu'il me tarde de revoir m'attendent en France, ma colloc est fun, je fais des soirées pleines de rencontres diverses et variées (toujours sympathiques), ma famille me rend visite en Suède, il fait un temps magnifique, j'ai de l'argent sur mon compte en banque, j'ai rejoué de la batterie dernièrement et je vais retrouver mes propres fûts en France...
Mais voilà, je quitte très prochainement la Suède et j'ai le cul entre deux chaises. Finies les soirées aléatoires, finis les plans à la con au beau milieu de la nuit, finie l'insouciance... Je n'ai même plus le cœur à aller vers les gens, à les rencontrer. A quoi bon, je m'en vais dans 4 jours ! Pourtant j'inviterais bien la blonde du tram qui me regarde du coin de l'œil depuis un quart d'heure à boire un verre. Pourtant, j'aimerais bien faire un petit bœuf avec le zikos qui trimbale sa gratte sur le dos. Pourtant j'irais bien tailler la bavette avec les emo-punk qui tiennent les murs de Nordstan. Pourtant je sais que l'époque est propice à toutes ces choses. Pourtant, pourtant, pourtant... Pfff, j'arrive même plus à écrire.
Le lien que je fais avec l'état d'esprit suédois sera le suivant. L'anticipation de ce qui va se passer , ou qui pourrait se passer déprime. C'est clairement l'été, mais on ne sait pas combien de temps il va durer. On en profite pour aller à la plage, mais on se prépare déjà à sombrer de nouveau dans le noir abyssal de l'hiver scandinave, d'ici quelques mois. On appréhende la vicieuse pluie pénétrante de Göteborg, qui se fera un malin plaisir de vous glacer les os au premier coup de vent venu du large. On appréhende les visages bas des gens en période hivernale ; l'hibernation éveillée.
"O" comme Opeth
Dans Opeth, il y a tout ça. Ce sentiment d'impuissance face à ce qui va vraisemblablement arriver fait ressurgir quelques pulsions haineuses qui ne demandent qu'à s'exprimer. Cette mélancolie, cette nostalgie de ce qui s'est passé ressortent aussi en même temps. Opeth est un groupe sombre, mais c'est pour mieux s'adapter aux conditions de faible clarté de la mi-décembre. On se perd dans leur musique, des méandres sans fin nous emmènent vers lieux inconnus : où va-t-on, où va le monde ? La rage froide et puissante sous-jacente est en filigrane tout au long des compositions. Mélange complexe, torturé et paradoxal, mais tellement jouissif à écouter...
Opeth, c'est tout ca, et ce matin, leur son était ma parole.

























